conversation, et amitié

Publié le par Valérie

  

Pendant les vacances, j'ai fait le point avec elle sur l'amitié. Enfin, faire le point, c'est un grand mot, vu qu'elle ne sait à peu près rien sur le sujet. On dit qu'une des différences entre Asperger et autiste  est le désir d'avoir des amis, (ainsi que la fluidité du langage). Ergo, elle  est autiste, ça s'appelle un diagnostic différentiel.

Elle pense que si elle est dans une pièce, ou dans un parc, ou dans n'importe quel endroit  avec des enfants et des jouets, tout cela forme un ensemble appelé "amis". Or, tout cela requiert quelque  chose de bien plus subtil, et je ne sais pas trop ce que c'est d'ailleurs.

 

Vous êtes vous  déjà demandé, vous, à quoi ça servait, et comment le ciment avait pris ? Très difficile pour moi de lui expliquer,  ça demande tellement d'attention sociale, de savoir faire social, de compréhension sociale...

Est-ce qu'on demande au soleil pourquoi il existe ? On lui demande d'être là (de temps en temps), c'est tout.

Je lui ai redit ce qu'est un ami, à quoi ça sert,  ce qu'il ne faut pas dire, pas faire, ou faire, ce qu'il faut dire (bonjour, par exemple), les questions qu'il faut poser ...

 

Donc, en vacances, un petit Tom de 6 ans est venu jouer avec elle.

Il arrive, toujours au galop, affairé et nature,  et lui dit

"salut ! je viens jouer".

Elle ne répond pas,  concentrée sur l'ordi, ce qui est un moyen d'attendre et de voir venir la situation sans panique.

Il l'interpelle

"bin, t'es pas sympa, tu pourrais me dire quelque chose !"

-"bonjour, par exemple"  lui dit elle avec sa voix de robot, se rapellant de notre conversation.

Tom, qui n'a pas saisi la drôlerie de l'échange, continue :

-"Bin oui, par exemple, mais on peut dire Salut aussi".

- "Pourquoi aussi ?".

Bon, je reconnais, c'est pas gagné, expliquer les choses oralement est nettement moins clair pour la Petite Fille, car elle comprend de façon littérale  tous ces petits mots qui donnent de la  force aux  phrases.

Je lui avais donc écrit, sur une pancarte assez grande accrochée à un mur, un exemple de conversation.

Toujours pendant les vacances, une de ses cousines descend pour le petit déjeuner, la voit et lui dit :

- "Bonjour".

La Petite Fille, sans un mot, descend de sa chaise et va regarder sa feuille de conversation, affichée dans la pièce à côté. La phrase suivante était "bonjour, tu vas bien". Elle la dit, donc.

Pas de chance, la cousine avait mal dormi, dérangée par sa soeur, des araignées, l'Outlaw, le vent, bref, un roman pour la pipelette dégourdie de 8 ans qu'elle est. En plein milieu de l'histoire, La Petite Fille, qui a sans doute décroché au 3ème mot, comme à son habitude, passe à son dialogue à elle :

-"Moi aussi ça va"

Et elle va se rasseoir et manger ses 7 tartines. La petite cousine, un peu vexée, vient me voir et me dit :

-"Bin je crois qu'elle aime pas me parler".

Penser à mettre dans ces consignes de dialogue "écouter l'autre personne et rebondir dessus".

Quoique... "rebondir", pt'êt pas, j'imagine d'avance ce que ça peut donner.

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Marc 02/09/2007 15:15

Bonjour,Vraiment passionnant votre blog !On devrait, je crois, passer plus de temps sur l'existenciel... et trouver ce qui forme et constitue l'amitié par exemple, non ?Nous avons tous de dures lumites à franchir... vers l'humain et plus d'umanité.http://blog.dure-limite.comMerci de vos commentaires et suggestions.Marc

Lalla 28/08/2007 18:58

et que lui as tu dis sur l\\\'amitié ? ça m\\\'intéresse beaucoup, car je ne sais absolument pas me mettre dans sa tête, moi, et donc je n\\\'arive pas à savoir ce que le mien va comprendre (peu, en général).
De plus, je sais qu\\\'il faut faire court... je ne sais pas faire
Je sais aussi qu\\\'il ne faut pas s\\\'étendre inutilement... et sur le sujet, ça me parait impossible

Valérie 28/08/2007 20:05

promis, un jour marque dans un billet ce que je lui explique. ça n'a rien de nouveau ni de révolutionaire, c'est juste très très très pragmatique (pour ne pas dire terre à terre !)

Otir 28/08/2007 18:08

Je suis bien d\\\'accord avec toi, Valérie, et c\\\'est bien pour ça que je ne suis jamais revenue sous mes tropiques natales...

Valérie 28/08/2007 20:01

Moi qui ne suis pas très américanophile, je vous envie cette largesse d'esprit et ce savoir faire là. Pour d'autres choses, je suis plus réservée... !

Otir 28/08/2007 06:58

Tes compte-rendus de dialogue sont infiniment précieux !Si j'avais ton don pour retranscrire tout cela, je pourrais alimenter ta chronique, parce que j'ai le double problème inverse. Ayant renoncé à dialoguer avec son frère, mon cadet est pourtant très bien formé pour être "l'ami" de l'autre enfant autiste dans notre complexe.Et celui-ci vient souvent chez nous. Le "dialogue" ou les échanges entre les deux enfants autistes - mon fils et ce garçon qui a un fonctionnement beaucoup plus verbal, et autonome - sont des morceaux d'anthologie.Et ensuite, effectivement, les commentaires de mon autre fils, le nt, valent leur pesant d'or. Ils commencent aussi souvent par le "je crois que..." très désabusé.Pourtant, je ne renonce pas, et me dis que c'est tout de même aux nt de faire les efforts, on en demande assez à nos enfants autistes.

Valérie 28/08/2007 18:02

je pense que dans ton méridien, demander aux nt de faire un effort peut être couronné de succès.
Dans le mien, ça ne va tellement pas de soi que c'est à nos neuro atypique qu'on demande de se faire tout petit.
Chez toi, les autistes sont quasi une minorité.
Chez nous, ce sont des anormaux qui n'ont leurplace nulle part.

dédou 27/08/2007 13:34

haha, c'est plus drôle quand je le lis chez toi que quand je le vis

Valérie 28/08/2007 18:03

ravie que ça te fasse rire.
Pour moi aussi, c'est plus drôle chez les autres, mais je peux encore arriver à me dire que ça peut paraître drôle.
Mais pas tout le temps...