Elle


Lundi 4 mai 2009
- Par Anonyme

Je dois une bouteille de champagne aux AVS (et aux profs sans doute).... L'infante  a bien voulu quitter son masque d'Offensée pour participer et prendre plaisir à ces 4 jours...
Je n'ai de ces 4 jours qu'un tableau pointilliste, façon autiste :
"j'ai bien   aimé  le bruit des chaussures de machin sur les pavés de Salces"
"Le Pont du Gard a 6 grandes arches, 11 moyennes arches et 35 petites arches".
"je n'ai pas aimé les repas, mais j'ai un peu mangé"
et je ne vois encore pas le dessin d'ensemble qui se cache derrière les pointillés...
Mais une chose compte : elle était ravie, et semble avoir eu un bon comportement. Elle m'a dit ne pas avoir eu recours à son cahier de consignes de vie, ce qui est bon signe (un bon cahier de consignes, c'est celui dont on peut rapidement se passer).
Elle a dû par contre casser les pieds de ses coturnes :  le triangle était là, et a beaucoup servi le soir, semble t'il. On se réassure comme on peut...

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Mardi 28 avril 2009
- Par Valérie

Hola todos !
4 jours pour calmer la machine : L'Infante Offensée est en classe de découverte !
Sa question a été "je vais découvrir quoi" ?
- "le Pont du Gard, les remparts de Carcassonne, Orange, le char à voile et le cerf volant".
...Il parait que la visite du Pont du Gard est adaptée aux  DV, je le souhaite parce que pour une jeune autiste photophobe et malvoyante, qui n'aime pas spécialement les gadins, et encore moins  les toucher, ça risque d'être long... 
...Si elle veut bien monter dans un char à voile et pratiquer, je paye une bouteille de champagne aux accompagnants...
...Le trajet avec une bande de collégien (humour au ras des vespasiennes) sera un poil longuet pour elle, mais j'ai confianc : les AVS sont là !
Et pourtant, avec tout ça, Elle était très heureuse d'y aller et attendait ce lundi avec impatience. A sa demande, j'ai ajouté pas mal  de consignes à son cahier de "consignes de vie", j'en ai fabriqué d'autres, et elle les a relues, seule, tous les soirs depuis 1 semaine... ça démontre à mon sens une volonté de s'intégrer que je ne pensais absolument pas si intense... 
Ou  peut être le fait qu'elle commence à comprendre sa différence.
Ou bien encore, et  plus vraisemblablement son désir de prévisibilité !
Quoiqu'il en soit, je n'en reviens pas de trouver comme le temps glisse agréablement sans devoirs ni adaptations...

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Jeudi 23 avril 2009
- Par Anonyme

On me fait gentiment remarquer qu'à presque 12 ans, La Petite Fille ne l'est plus (une petite fille). J'ai longuement réfléchi pour savoir quel nom lui donner sur ce blog.
Je l'appellerai l'Infante, du nom  donné en Espagne et au Portugual  à ceux qui sont nés après (les cadets, donc).
Et même l'Infante Offensée, qui décrit assez bien cet expression qu'elle a en permanence lorsqu'un non initié tente de lui adresser la parole, de la toucher, de lui poser une question, expression qui le fait battre en retraite en se disant "zut, je dérange".
Et non, vous ne dérangez pas, c'est juste que vous êtes très mystérieux, et qu'elle se demande en permanence de quelle planète vous débarquez, quelle bizarrerie incompréhensible vous allez proférer en la regardant, et quelle réponse ou attitude vous attendez d'elle...

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Dimanche 13 avril 2008
- Par Valérie

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La Petite Fille a un "cours", le samedi matin une fois par mois.  Ce sont des mamans d'enfants dyspraxiques qui ont organisé cela, dans le cabinet d'une psychologue. Vous allez  me dire : "Pourquoi avec des dyspra ?" Bin d'une part pourquoi pas, et d'autre part, je ne trouve pas de séances de la sorte avec des personnes autistes de son âge et de son niveau de fonctionnement. Celle qui pourrait le faire parfaitement,  qui m'a mis les idées bien en place au début et qui connait bien la  petite fille, pour la suivre,  étant dans un  autre département... je bricole.
Pas tant que ça, en fait, car, hormis le fait que sur les 5 gamins, 2 sont des moulins à parole super vifs, il y a quelques points communs sur lesquels on doit bien pouvoir s'appuyer pour faire avancer de front cette jeunesse si malhabile socialement.
A l'arrivée, une maman s'est penchée pour faire la bise à La Petite Fille, qui a bien voulu ne pas faire 2 pas en arrière. Son visage peu amène a néanmois fait dire à la maman "si tu veux, on peut faire comme ça",  en lui tendant la main. La Petite fille, qui pendant l'échange regardait soigneusement 1mètre   à gauche et en bas de cette personne n'a pas compris, évidemment, l'intention du geste et des mots. Petite traduction rapide en aparté ("elle voulait ceci, tu as fait cela, la prochaine fois dans cette situation tu  tends la main aussi, ect").
On est allées (bin voui, féminin pluriel, visiblement les bipède mâles  point ne se se bougent le matin pour de telles besognes. Je pense que certain  aurait pourtant bien besoin de quelques kilos d'habiletés sociale en plus) boire un café sur une terrasse ensoleillée, on s'est même dit "et si on lui laissait les gamins toute la journée ?". A la fin, la prunelle de nos yeux, la chair de notre chair et la peau de nos fesses  n'avaient pas été métamorphosés en des être sociables et policés, hélas,  mais  ces petites séances leur semblent agréables. La petite fille s'est même distinguée en reconnaissant une émotion  mimée sur un visage : la surprise. Et ça, je peux vous dire que c'est puissant, car voilà un sentiment qu'elle n'exprime et ne montre jamais. Mais qui a été appris, dont elle reconnaît les manifestations physiques :  oooh + sourcils en l'air + bouche arrondie = surprise. C'est dire si l'attention qu'elle doit porter au visage  doit être à son maximum, elle  à qui les expressions des visages sont des cartes géographiques inaccessible ... Je suis très admirative sur cette manière qu'elle a d'arriver à se repérer sur ces détails que, isolés, elle ne comprend pas. Il y a eu un gros travail là dessus avec son orthophoniste, une professionnelle formidable qui a su s'adapter, inventer et la faire progresser, alors que ce handicap lui était totalement inconnu.
Bon, la surprise c'est fait.
Reste : la déception - la colère - la tritesse - la gêne - la fierté - la jalousie - l'espoir - le dégout.
Nous sommes rentrées en métro. Une jeune femme, qui semblait d'origine roumaine, ou bosniaque, avec son bébé sur le bras, faisait la manche en passant dans chaque rame. Elle est passée près de nous en tendant la main, je rêvassais,  je n'ai pas réagit assez vite.
- "Bonjour" a dit la Petite Fille en lui serrant vaguement la main.
Finalement,  est ce que c'est vraiment indispensable d'apprendre à  serrer une main tendue ?

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Mardi 26 février 2008
- Par Valérie
undefined Mon frère m'a rendu visite. Il vivait avec Annie, et pour La Petite Fille, Rodolphéannie était un quasi concept.
Ils sont séparés depuis quelques mois, et ce week end  mon frère est venu  nous présenter sa nouvelle amie.
 Révisions avec La Petite Fille du verbe "être avec", de son pendant  : "ne plus être avec", de son imparfait ("était avec" ), et de son futur  ("sera avec"). Nous ne révisions pas le verbe aimer, trop compliqué, ni le verbe se marier, puisqu'ils ne l'étaient pas, nous indiquons juste  que parfois, "être avec " signifie "vivre avec".
Jusque là ça va.
Honnêtement, les choses ne sont pas simples à comprendre si on veut bien  y réfléchir à la façon d'une personne autiste... : Yen a qui se marient quand ils s'aiment et d'autres surtout pas. Yen a qui divorcent et d'autres non. Yen a qui se marient à l'église et d'autres surtout pas. Yen a qui vivent longtemps ensemble et d'autres non. Yen a qui font des enfants et d'autres pas. Pour nous, les Zordinaires, il est  simple de comprendre au cas par cas, et d'en tirer un manière de règle générale à géométrie variable qui nous permet de comprendre le fonctionnement du couple. Mais pour La Petite fille, qui a besoin d'une règle, d'un présupposé, d'un postulat, bref, d'une ébauche de logique ou de fil conducteur  pour comprendre, autant dire que cette diversité la rend perplexe.
(Et encore,  grande lâche,  me dit  ma collègue Nathalie, toujours optimiste, tu n'as pas abordé le sujet de l'homosexualité. Et c'est pas demain la veille  si vous voulez mon avis   je compte m'y mettre bientôt)

J-1 : Extraits de conversation :
- "Tu as bien compris que Rodolphe ne viendrait pas avec Annie?"
- "Oui"
- "Tu as compris comment s'appelle sa nouvelle amie ?"
- "Oui  c'est Béatrice".
- "Tu as compris que ce n'était pas la peine de lui demander plusieurs fois où était Annie ?"
- "Oui". 
Le cheminement de pensée est lisible dans les yeux étranges et vagues  de la petite Fille, qui demande alors  :
- "Elle est où Annie ?".
Bon. Petit stress de notre part,  dernières révisions, schéma,  mise au point d'un plan B pour le cas où  la Petite Fille ait un bug et demande  plusieurs fois "elle est où Annie ?"
(la personne la plus proche a pour consigne de parler de toupies, de Grace, ou de James Morrison, nouvelle passion de la petite fille).

D Day , extraits :
Elle a tengenté une fois  Béatrice pour vérifier  l'odeur de sa lessive (qui heureusement est différente, nous évitâmes l'incident diplomatique).
Elle n'a cessé de mette facétieusement sa "toupie Annie", fabriquée par ses soeurs, à côté de Béatrice. on s'est bien gardés de dire quoi que ce soit... 
Une fois la porte refermée, 
- "Elle est où Annie ? "
C'est pas gagnéOn avance.
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Samedi, c'est Marie, séparée de Vincent, qui vient.  Extraits :
- "Tu sais que Marie n'est plus avec Vincent ?"
- "Oui"
- "Tu sais que  Marie ne viendra pas avec Vincent ?"
- "oui"
- "tu sais que tu ne dois pas lui demander plusieurs fois où est Vincent" ?
- "oui"
...
- "Il est où Vincent ?"        
- ect
_________________

Lundi , on va chez Nathalie et Christian qu'elle connaît bien (enfin, dont elle connaît très bien le matériel électro-informatique, lequel matos a pour elle un fonctionnement apparemment plus compréhensible que celui des propriétaires). Je lui explique :
- "On va manger chez Nathalie et Christian"
- "oui"
Réfléxion, puis :
- "Natalie n'est pas avec Christian " (ton affirmatif)
 

Penser à le faire, ce manuel de fonctionnement des Zordinaires pour les personnes autistes. undefined
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