petits plaisirs


Mardi 19 février 2008
- Par Valérie
undefined Brusquement des hommes et des femmes méritants tout droits venus d'Administraturie ont décidé "m'aider" concernant le  dossier scolaire de La Petite Fille. Peut être aurais je droit à la nationalité Administraturienne si je réponds favorablement aux critères...?  
D'après eux, j'ai vraisemblablement dû oublier d'allumer la lumière (ça n'est pas faux, voilà 10 ans que je tâtonne dans le noir à peu près seule), car une psychologue me demande de   faire "éclairer mes choix" (je cite)  par une autre psychologue. 
Bin voyons. 
Je suppose que cette dernière  aura pour mission de me décourager en me faisant comprendre que mon choix ne conviendra pas, que la voie est trop difficile pour La Petite Fille, et que de ce fait Telle Voie Administraturienne lui conviendra mieux.
Mais  depuis quand une psychologue qui ne connaît ni ma fille, ni d'où elle vient, ni sa vie, ni la manière dont je m'y prends, ni même ses handicaps, pourrait mieux définir que moi l'endroit où elle s'épanouira et continuera à devenir ?
Je prends quand même RV, j'ai besoin de savoir très vite vers quoi me retourner...   RV qui n'aura pas lieu avant un mois... J'ose exprimer mon étonnement, et supposer fielleusement et à voix haute qu' "on" ne s'y prendrait pas autrement si "on" voulait que mon dossier arrive trop tard dans un collège pour être validé...
"On" me dit que je me trompe...  que l'agressivité et le mauvais esprit n'ont jamais fait avancer les choses. 
Certes certes, mais le blabla standart non plus.
Puis "on"  me confie :
- "vous comprenez, des dossiers comme le vôtre, (un enfant avec 2 handicaps)  ça complique la tâche...". 
- "comme vous avez raison, moi ça fait 10 ans ! Un peu plus, donc,  que le temps de tourner la  feuille d'un dossier pour passer au suivant".
Pas pu m'en empêcher.

Les psychologues n'arrivent pas à réaliser qu'un enfant avec handicap, et à fortiori avec handicapS dont l'autisme peut espérer  survivre à une scolarité ordinaire, et encore moins la suivre... A chaque fois ça leur semble évident de nous faire aller  sur des voies  standards, où La Petite Fille ne sera pas "en souffrance" et la pression pas trop forte. Parce qu'évidemment, nous brutalisons psychologiquement notre enfant en le forçant à être avec les Zordinaires, lui faisant  subir d'infâmes pressions.
Mais comprennent-ils que cette pression sera toujours et partout, chez un autiste, tant qu'il y a des moments incompris.
Que ces moments d'inquiétude extrême ne sont pas dus à une maltraitance psychologique que moi ou son milieu exerceraient volontairement ou non sur elle .
Que cette inxiété (angoisse, disent-ils) est le résultat de l'intégration, certes, et j'en conviens facilement,  mais le résultat nécessaire.
Comme ma fille serait mieux dans un endroit fait pour des enfants "comme elle", où on ne lui demanderait pas grand chose, où elle pourrait s'adonner sans fin à ses stéréotypies,  rester dans son coin sans rien apprendre,ni comprendre, privée de tout ce qui  lui permet actuellement de se construire une pensée et une réflexion !
Comprendra t-elle, cette psychologue, que je ne me fais pas  plaisir en mettant mon enfant avec des enfants normaux, mais qu'il est vital pour ma fille qu'il en soit ainsi ?
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Dimanche 25 novembre 2007
- Par Valérie
Aujourd'hui, traduction en autiste d'un cours de CM2 sur les saisons. En autiste, mais pas que... en autiste photophobe... Car le coup de la lampe qui éclaire une orange, ça  marche moyennement...
Une orange reste une orange, pour Elle, et même si on dessine dessus l'équateur , les tropiques les Pôles et sa maison en plus, ça ne décolle pas : après ma petite démonstration, et en réponse aux questions : "où est le soleil ? "Où est la terre", les yeux de la Petite fille restaient sur l'orange, et ça bloquait.
(mais pourquoi elle a dessiné la France sur un orange, mais pourquoi elle fait des traits dessus...)
Heureusement, une vieille mappemonde traînait, et là j'ai vu ses yeux comprendre. Ca n'a duré qu'une demi seconde, voyez vous, parce qu'après, nystagmus et photophobie ont tout fait pour l'empêcher de fixer, mais l'essentiel était dit, et compris.
Elle devait aussi apprendre 2 ou 3 petites poésies, "les virelangues", des petits textes malicieux bourrés de jeux de mot et très difficiles à réciter sans se tromper sur les consonnes, du genre "Dino dina dit on du dos d'un dodu dindon", ou bien "Si ces huit fruits cuits lui nuisent, donnez lui huit fruits crus" ou bien encore "six chats chauves assis sous six souches de sauge sèche c'est chose aisée" ou "Agathe attacha l'âne au chat Natacha natta l'âne, l'âne à nattes s'attacha à Natacha, Agathe gata l'âne".
Je vous laisse essayer, vous m'en direz des nouvelles.
Bref, en les lisant, je m'attendais à de grosses difficultés... Elles les a lues une fois, puis la mémoire photographique a fait le reste, elle a pu les réciter par coeur sans aucune faute de prononciation.
Ce qui a 2ème vue, n'a rien d'exceptionnel pour elle. Ce sont  juste des phrases tordues à apprendre par coeur, comme toutes les poésies tordues qu'ele a appris depuis la moyenne section. (Enfin, tordues, c'est moi qui le dit, elle doit penser "bizarres")
J'ai une pensée émue pour moi même, qui tentait, au début de ma carrière de coach de jeune autiste en classe, de lui expliquer la signification de ces abscons textes.
J'ai arrêté en CP, devant "L'enterrement des escargots", de Prévert. Jamais  aimé Prévert, mais  là, je l'ai détesté.
L'Outlaw a cassé son portébeul... elle veut le même, qui est ... très cher, lorsqu'on l'achète sans forfait. Je lui explique qu'il faudra qu'elle casse son petit cochon, ou bien qu'elle fasse des "tâches rémunérées à la maison" (on appelle ça des TUF, chez nous, travaux d'utilité familiale, du genre aspirer ma voiture, qui est une bétaillère, laver les vitres, qui en ce moment sont opaques, ramasser les feuilles, laver LeChien qui s'est roulée dans un étron ou deux, faire du babysitting, nettoyer la grande poubelle générale... ).
"Ca va pas ! a t'elle bramé, je vais pas bosser comme une esclave,  en plus. ! Et je vais pas faire de babysitting, les mômes, c'est ch...."
A qui le dis tu....   
En attendant, point ne téléphoneras.
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Samedi 24 novembre 2007
- Par Valérie
 
Jolie promenade aujourd'hui avec La Petite Fille, à l'heure ou les lions vont boire... Elle adore se promener en fin de soirée, en hiver, quand il commence à faire nuit....
A ces heures, la ville prend enfin pour elle une  signification, les lumières sont là pour la guider, pour lui expliquer en quelque sorte  les bruits qu'elle entend sans rien distinguer dans le camaïeux de gris des journées, pour donner de la perspective à un brouillard épais, pour définir les contour de ce qu'on lui décrit, mais que sa fruste imagination  a du mal à construire. La ville est contrastée, a du volume, est tangible.
Le mot immeuble prend tout son sens, puisqu'elle voit jusqu'où il grimpe...
Les ponts se matérialisent... L'eau également puisqu'elle brille sous la lune. Les églises se découpent, les feux tricolores deviennent compréhensibles, les façades vues de loin ont des formes géométriques qu'elle adore, les grues ont une fin... Elle repère les fontaines autrement qu'avec son ouïe, les restaurant avec autre chose que son odorat, les voitures autrement qu'au klaxon... Ca doit, au fond, être beaucoup plus reposant pour Elle, qui se réjouit, car nous habitons dans une ville qui s'éclaire beaucoup en Décembre (trop fastoche, la devinette !).
Nous avons tengenté  un chien minuscule, couleur trottoir, qui tricotait faiblement au bout d'une laisse de au moins 3 mètres... La rencontre a été pénible pour le chien, que la Petite Fille a entendu vagir faiblement sous son pied, juste avant de se prendre les pieds dans la laisse invisble. Horreur absolue, le chien a du faire un son qui s'apparentait au "la", ce qui a beaucoup fait rire La Petite Fille, et moins le Troll Velu au bout de laisse, à qui j'ai suggéré  de mettre une guirlande lumineuse à la laisse de son chien.
Et vous avez quoi ? ça a fait rire La Petite Fille... L'humour vient... ok, c'est pas encore Woody Allen, mais c'est un rire "socialement acceptable".
La Petite Fille me dit que c'est bientôt le solstice d'hiver, me renseigner d'urgence, je n'en sais absolument rien.
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Lundi 12 novembre 2007
- Par Valérie
Je suis rentrée samedi après midi avec la Petite Fille, et il y avait  projection d'un film étasunien, en version allemande sous titrée français dans ma salle à manger obscure : 35 personnes , une armée d'aryennes et d'aryens très grands, avec une paire d'Ottomans. 
 
L 'Outlaw avait invité au moins la moitié de sa classe et les Brieffreund et Brief freudin de chacun zet chacune. Je me demande pourquoi j'offre à l'Outlaw un abonnement téléphonique si ce n'est pas pour me tenir au courant de ces "petits détails pas graves".  Je ne savais pas donc pas que c'était prévu ce jour ... La Petite fille non plus, qui venait de passer un grand moment dans un magasin de sport, et qui après un petit sas de repos de 15mn dans la voiture se replonge dans une ambiance... bruyante (pour faire simple). Elle a essayé de découvrir dans le noir qui était chacun. Quelques vieux amis de l'Outlaw la connaissent et se sont empressés de se présenter, pour calmer le jeu.
L'Outlaw jouait une partition inconnue : hôtesse et maîtresse des lieux (ordinairement, chez nous, c'est Lazzy Woman), et s'est ma foi assez bien débrouillée. Le film semblait être un compromis plus ou moins réussi, genre sentimentalo-épouvante. Bien sûr, ça criait fort, et La Petite fille voulait savoir pourquoi.
- "parce que le film leur fait peur"
- "pourquoi le film fait peur ?"
-  "parce que l'histoire fait peur"
-  "c'est quelle histoire ?"
La petite Fille n'a pas les peurs communes des enfants : petite, elle s'enfermait dans le noir dans la salle de bain et pouvait y rester des heures sans rien dire ni bouger,  n'a jamais fait de cauchemard, jamais eu peur des ogres ni des fantômes, pour la bonne raison qu'elle n'a jamais su se les représenter. Et quand bien même...  On lui explique, on lui dessine, et on lui dit aussi que ça n'existe pas.
Alors, pourquoi avoir peur de quelque chose qui n'existe pas ?
Et le plus incompréhensible, pour elle, c'est de vouloir regarder des images, alors qu'on sait qu'elle vont faire peur.
Elle, a peur de ce qui n'est pas prévu  (une porte d'ascenceur qui s'ouvre, un son infra humain, , quelqu'un qui crie, de la lumière occultée brusquement, ect).
Et bien avant tout cela, ce qui existe au tout début chez elle, c'est la peur  d'avoir peur, cette impression que quelque chose va arriver qui va tellement l'effrayer, sans pouvoir identifier l'objet précis de cette peur. 
 
Le soir, nous n'avions non pas une mais deux correspondantes allemandes,  l'Outlaw ayant proposé à l'une qui s'ennuyait ferme dans sa famille d'accueil de venir passer soirée et dimanche à la maison.
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Jeudi 8 novembre 2007
- Par Valérie
free music

 J'ai travaillé il y a peu de temps avec ma collègue N athalie, qui  est passée du four ordinaire au four à micro ondes, du Vinyl à la cassette puis au CD, du stylo à l'ordi, et là, elle estime qu'elle a fait son maximum, et que le chat, ces bavardages sur l'internet, n'aide pas beaucoup à déterminer ce que les futurs partenaires ne seront pas (genre : ouf, ce n'est pas : un tueur d'aéroport - un psychopathe -  un obsédé sexuel  ect, rayez la mention inutile).

- "Mais tout ça, lui  dis-je, c'est juste savoir ce qu'il n'est pas, c'est pas grand-chose...  Découvrir ce qu'il est vraiment, c'est ça qui est important,  et qui prend du temps".

- "Ah oui, dit elle, tous les trucs conjugaux...  Je ne recherche pas particulièrement ça !".

Ma collègue Nathalie baigne dans une aura particulière, comme si elle menait une existence extravagante, dépourvue de "trucs conjugaux", tout cet univers mystérieux, fastidieux  et rebutant auquel elle a eu le bonheur d'échapper.

Dit elle.

Pour remettre la balle au centre je lui assure qu'avoir des relations avec des plus jeunes qu'elle, comme elle pratique actuellement,  a un effet miraculeux sur son teint, son physique et son estime de soi.

- "c'est vrai " me dit elle sans fausse modestie.

- "... Mais pas sur ta tenue vestimentaire".

Ma collègue Nathalie est avec moi très bonne joueuse.  Elle a juste éclaté de rire et dit :

- "1 à 1".

 

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